A Colt Is My Passport (Takashi Nomura, 1967)

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Alors que la Nikkatsu constate l’avancée inéluctable d’une crise financière imminente, l’avènement synchrone et progressif de la mythologie du héros existentialiste marque un tournant thématique majeur, délaissant les figures classiques circonscrites par les cadres stricts des codes d’honneur mafieux et du divertissement populaire. En 1966, Le Vagabond de Tokyo se faisait déjà le témoin ironique d’un changement d’ère ; les productions qui lui succèdent viendront bientôt préciser ce constat avec une approche originale sous-tendant un regard implacable, froid et désabusé. Au coté de Like a shooting star ou La marque du tueur, l’antérieur A Colt is my passport illustre brillamment ce modernisme élevant la série B vers des sphères thématiques matures. Le contraste avec les précédents travaux d’un Takashi Nomura bien moins inspiré n’en prenant ici que plus de saveur.

S’il s’avère prisonnier d’une trame classique et linéaire peu propice aux figures libres de ses successeurs, le film de Nomura s’en accommode avec brio en s’appliquant à déréaliser son cadre en reléguant en arrière-plan tout ancrage réaliste et ses rares figures secondaires. Mis à nus, les enjeux du récit s’exposent avec force et prennent bientôt les atours d’une lutte physique mais surtout mentale liant les protagonistes jusqu’à la catharsis finale. Un monde parallèle qui se dévoile par une mise en scène privilégiant le minimaliste contenu (décors sobres épurés dépeint dans la durée), les plans-métaphores (les espaces sauvages comme échos à la solitude du tueur) et une photographie funèbre procédant, par instants, par touches quasi-expresionnistes.

La vraie réussite du film réside pourtant dans cette rythmique, lente et douloureuse, déroulant implacablement les tournants narratifs ‘classiques’ du film d’action. Une mise sous tension remarquable à l’image de l’entame montrant les préparations minutieuses de l’assassinat. Un tunnel narratif, entièrement tendu vers son climax, qui dévoile progressivement un héros dont la froideur apparente (Jo Shishido d’une sobriété fascinante) se fissure au hasard de ressassements et divagations avec son compagnon de fuite ou cette veuve tragique pour qui l’amour débouche invariablement sur la mort. La condition du tueur est celle d’un être seul, survivant dans l’ombre et fuyant vers l’avant, où les notions de loyauté, d’amitié et d’amour prennent un tour existentiel. En résulte une tonalité d’ensemble résolument moderne ; une voie que Seijun Suzuki explorera et radicalisera jusqu’à l’absurde, quatre mois après, dans son chef d’œuvre noir et ironique.

Avec le western Fast Draw Guy (1961) Takashi Nomura s’était fait un représentant emblématique du mukokuseki akushun (action sans frontière), mélange des styles propre à la Nikkatsu. Si A Colt is my passport fait preuve d’infiniment plus de sobriété, son canevas témoigne également d’un spectre d’influence bien typé. Un remarquable thriller bien sûr, une approche dramatique poussée aux nombreuses plages dialoguées, et l’influence surprenante du western qui s’invite dans un final enthousiasmant. Sur la bande-son caractéristique du genre se met en place un duel terminal dans un décor irréel, une plaine désertique aux poteaux télégraphiques fendant l’horizon, où s’illustrent course-gunfight orgiaque, postures héroïques stylisées et gadget impromptu. Une catharsis qui conclut avec panache la progression d’un récit dont on regrettera que la conclusion très serial et la belle romance laissée inachevée ne viennent pas participer à une charge émotionnelle plus puissante.

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Written by NR

novembre 9, 2011 à 11:02

Publié dans Cinéma

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