Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation (Pierre Louÿs, 1926)

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Personnalité atypique du milieu littéraire français de la fin XIXè, l’ironie et la malice de Pierre Louys se manifestèrent précocement, et avec éclat, par l’entremise des « Chansons de Bilitis », (fausses) traductions de poésies érotiques inédites d’une contemporaine de Sapho mais aussi une des supercheries littéraires les plus importantes du siècle. Une sensibilité sulfureuse qui parcourt toute l’œuvre d’un poète érotomane et bibliophile fétichiste, et se retrouve dans sa fascination pour les curiosa, ces textes licencieux d’arrière-rayons, qui dévoilent un esprit en marge, partagé entre l’amour des mots et des plaisirs de la chair.

S’il prend aussi la forme anonyme (et ici posthume) de ces recueils inavoués, son « Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation » délaisse les cadres raffinés de l’érotisme classique pour porter un cinglant coup de griffe contre le puritanisme de la Belle-Epoque. Pastiche des manuels d’éducation des nobles et respectables familles, le sexe en est l’élément central, parfaite cristallisation de l’hypocrisie puritaine du milieu bourgeois. Recueil de conseils moralisateurs courts que Pierre Louys pervertit tout en conservant une extrême distanciation ironique, il use brillamment de la provocation, de la répétition et et de l’accumulation (débauche, inceste et pédophilie abondent) pour mieux accabler un ordre moral dépassé, gangrené et prêt à se fissurer. S’il est un reflet de l’air de son temps (la première guerre mondiale) et un délicieux exercice ironique, cette charge au vitriol contre le cadre bourgeois nous rappelle en creux que l’outil du rire est aussi un formidable moyen de subversion et de mise en abime.

« Si monsieur votre père vous prie de le sucer, ne dites pas étourdiment que sa pine sent le con de la bonne. Il pourrait se demander d’où vient que vous reconnaissiez cette odeur-là. »

Si une dame modeste vous dit : « Mon fils travaille moins bien que votre frère », ne répondez pas : « Oui, mais son foutre est meilleur. » Les éloges de ce genre-là ne font aucun plaisir à une mère chrétienne.

« Avant de recevoir un godemiché dans le cul, n’exigez pas que l’instrument soit béni par l’archevêque. Certains prélats s’y refuseraient »

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Written by NR

novembre 9, 2011 à 11:34

Publié dans Littérature

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