Archive for the ‘Bande Dessinée’ Category

La Fille Du Bureau De Tabac (Masahiko Matsumoto)

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Visions d’un Tokyo des années soixante où l’on découvre les trajectoires de jeunes adultes pris entre désir de liberté et d’indépendance, des contraintes matérielles pesantes et une tradition encore prégnante. A l’image d’une ville en plein mutation, c’est tout autant l’incertitude que l’insouciance qui règne dans cette période charnière du renouveau nippon où s’entrecroisent des petites histoires de cœurs, de désirs inavoués et d’amours bancales. Rejeton de l’école gekiga du manga réaliste, l’approche d’un Masahiko Matsumoto s’éloigne sensiblement de la noirceur d’un Yoshihiro Tatsumi pour pointer de façon fine des petits détails et attitudes de l’humain, où le fond social contemporain est croqué de façon sensible, non sans parfois pointer certains sujet de façon plus directe. Dans des traits simples aux atours naïfs et un découpage classique plutôt timide, amertume douce, humour résigné et espoir de soirs d’ivresse se fondent dans ces faisceaux de tranches de vies où l’auteur porte un regard empathique sur un petit monde attachant. On trouvera quand même une certaine répétitivité stylistique et thématique dans cette compilation de petites histoires semblable et faussement anecdotiques, un ouvrage qu’il conviendra mieux de parcourir comme autant de respirations charmantes et plongées nostalgiques dans ces tableaux d’une autre époque.

Written by NR

novembre 9, 2011 at 12:03

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La Femme Insecte (Osamu Tezuka, 1970)

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Il n’y a dans ce Tezuka là, rien que l’on n’aura pas vu dans ses meilleurs crus modernes (MW notamment) ; pourtant sous ses atours classiques se déroule une trame prenante dont l’arrière-fond met en scène un Japon moderne mettant un pied dans une ère où des égos voraces convoitent richesse et gloire. Un récit relativement manichéen avec des pointes violentes et autres percées sexuelles aux légers accents psychédéliques. Plus que la peinture, quelque peu inachevée, d’une héroïne ambiguë reflet d’une époque égoïste, c’est surtout l’occasion de retrouver une patte narrative et stylistique toujours aussi habile à instaurer un certain dynamisme et une composition très cinématographique dans un univers au doux parfum de thriller. Un petit Tezuka, et c’est déjà beaucoup .

Written by NR

novembre 9, 2011 at 11:14

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Le Garage Hermétique (Moebius, 1978)

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Un modèle de Science fiction libre et hallucinée où Moebius en plein dans sa période exaltée trace les contours mouvants d’un récit se muant progressivement en pendant graphique de l’écriture automatique des surréalistes. Un assemblage hétéroclite convoquant des univers d’anticipation entremêlés à une imagerie archaïque plus luxuriante où une teneur existentielle guide les destinées absurdes de héros solitaires. Une plongée en direct dans l’esprit bouillonnant d’un auteur malicieux qui perd son lecteur dans un dédale fantastique et vertigineux où la forme résolument instable appuie encore plus une bien étrange odyssée à la distanciation toujours aussi savoureuse.

Written by NR

novembre 9, 2011 at 12:29

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3, rue des mystères – T1 (Shigeru Mizuki)

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Un recueil de six histoires courtes où l’on retrouve l’univers habituel d’un Shigeru Mizuki explorant le quotidien d’un Japon où se manifestent esprits et autres spectres. Le mangaka y délaisse ici quelque peu sa touche comique et un certain ancrage campagnard pour explorer les frontières mouvantes et incertaines séparant les morts des vivants. A travers une galerie de portraits se dévoilent ainsi les relations impossibles que ne peuvent nouer deux mondes antagonistes et pourtant si proches, autant d’écueils s’incarnant dans des histoires d’amours, d’anecdotes et de souvenirs nappant subtilement l’ensemble d’une belle fragilité éclatant dans les planches-épilogues. Pour un Mizuki moins folklorique et ludique qu’a l’accoutumée, faisant du postulat fantastique l’occasion d’une touchante poésie amère.

Written by NR

novembre 8, 2011 at 4:44

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Stray Toasters (Bill Sienkiewicz, 1988)

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Pour un auteur qu’on connait surtout pour son apport à l’univers des comics, l’œuvre de Bill Sienkiewicz est plus à voir comme un roman graphique, pour une approche résolument radicale qui déconstruit autant la forme que le fond et prend le lecteur à la gorge dans un univers profondément anxiogène. Un récit labyrinthique à quatre voix centré sur une enquête de meurtres sordides où psychés déréglées, obsessions morbides et délires sanglants trouvent un sublime écho dans une forme puissante et assommante flirtant avec l’abstraction. Stray Toasters amalgame les styles divers avec une rare force pour livrer un univers fait d’aplats vifs et nauséeux, de contrastes violents, de masses sombres et incertaines, de traits saillants et psychotiques d’où giclent des éclats photoréalistes. Synchrone aux dérèglements du récit, le découpage appuie la plongée dans le délire, variant sans cesse avec les échelles, les formats, les jeux de distance avec le texte. Un dynamisme étonnant qui confère une véritable expressivité et ampleur rythmique à des visions dantesques empreintes d’un certain humour noir. Une œuvre vertigineuse et désagréable qui secoue sans ménagement son lecteur, non sans l’inviter à replonger dans le délire pour mieux y démêler ces mystères mortels.

Written by NR

novembre 4, 2011 at 5:17

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