Archive for the ‘Littérature’ Category

Naissance d’un Gourou (Takeshi Kitano, 1991)

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Où l’on retrouve un Takeshi Kitano versant papier après un sympathique et autobiographique Asakusa Kids narrant sa jeunesse dans les cabarets interlopes d’un quartier populaire de Tokyo. Ici un récit de fiction ancré dans un univers similaire, un Japon apathique peuplé de petites gens honnêtes et crédules et de yakuza idiots battant le pavé. S’attachant aux basques d’un étudiant paumé entré un peu par hasard dans le culte d’une secte, on y découvre les rouages peu glorieux d’une petite organisation où la dimension spirituelle est quelque peu égratignée par une gestion fortement portée sur le Yen, toujours prompte aux arrangements et petites magouilles. Loin d’une attaque au vitriol sur un mouvement d’importance dans le Japon post-bulle économique (œuvre parue en 1991), on retrouve l’univers typique du cinéaste où une certaine tendresse ou violence s’immiscent dans un réalisme morne. Un glissement progressif nous fait découvrir que le personnage clé n’est pas tant ce nouveau gourou, mais son bras-droit très kitanesque (Kitano interprétera d’ailleurs ce rôle dans l’adaptation cinéma du roman), tour à tour solennel, mystique ou porté sur l’alcool et la bonne chair des salons de massages. Personnage ambigu qui vient donner un peu de nuance et de mystère à un récit linéaire vite expédié et sans grand relief, ne faisant jamais que survoler son véritable sujet (ce n’est pas tant la religion qui compte, mais l’énergie qu’on y projette). Pour un roman se reposant surtout sur l’évocation de petites tranches de vie, qui s’il se parcoure agréablement, échoue surtout à se construire.

Written by NR

novembre 9, 2011 at 12:24

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Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation (Pierre Louÿs, 1926)

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Personnalité atypique du milieu littéraire français de la fin XIXè, l’ironie et la malice de Pierre Louys se manifestèrent précocement, et avec éclat, par l’entremise des « Chansons de Bilitis », (fausses) traductions de poésies érotiques inédites d’une contemporaine de Sapho mais aussi une des supercheries littéraires les plus importantes du siècle. Une sensibilité sulfureuse qui parcourt toute l’œuvre d’un poète érotomane et bibliophile fétichiste, et se retrouve dans sa fascination pour les curiosa, ces textes licencieux d’arrière-rayons, qui dévoilent un esprit en marge, partagé entre l’amour des mots et des plaisirs de la chair.

S’il prend aussi la forme anonyme (et ici posthume) de ces recueils inavoués, son « Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation » délaisse les cadres raffinés de l’érotisme classique pour porter un cinglant coup de griffe contre le puritanisme de la Belle-Epoque. Pastiche des manuels d’éducation des nobles et respectables familles, le sexe en est l’élément central, parfaite cristallisation de l’hypocrisie puritaine du milieu bourgeois. Recueil de conseils moralisateurs courts que Pierre Louys pervertit tout en conservant une extrême distanciation ironique, il use brillamment de la provocation, de la répétition et et de l’accumulation (débauche, inceste et pédophilie abondent) pour mieux accabler un ordre moral dépassé, gangrené et prêt à se fissurer. S’il est un reflet de l’air de son temps (la première guerre mondiale) et un délicieux exercice ironique, cette charge au vitriol contre le cadre bourgeois nous rappelle en creux que l’outil du rire est aussi un formidable moyen de subversion et de mise en abime.

« Si monsieur votre père vous prie de le sucer, ne dites pas étourdiment que sa pine sent le con de la bonne. Il pourrait se demander d’où vient que vous reconnaissiez cette odeur-là. »

Si une dame modeste vous dit : « Mon fils travaille moins bien que votre frère », ne répondez pas : « Oui, mais son foutre est meilleur. » Les éloges de ce genre-là ne font aucun plaisir à une mère chrétienne.

« Avant de recevoir un godemiché dans le cul, n’exigez pas que l’instrument soit béni par l’archevêque. Certains prélats s’y refuseraient »

Written by NR

novembre 9, 2011 at 11:34

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Corner Boy (Herbert Simmons, 1957)

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Gloire et décadence d’un dealer. Une trame classique qu’on retrouve dans ce Corner Boy qui créa un certain remous dans les milieux conservateurs US lorsque Herbert Simmons reçu un prix littéraire prestigieux en 1957; un roman aux atours amoraux explorant un univers mafieux noir qui deviendra vite un motif récurrent de la culture urbaine américaine. Sous l’angle d’une chronique réaliste s’expose la vie du charismatique Jake, dealer de sa ville de province, usant sa jeunesse de façon nonchalante auprès de ses amis, alignant les billets, belles fringues, décapotables et autres conquêtes. L’arrière fond « stupéfiant » et social reste en fait assez anecdotique, surtout un prétexte à décrire une vie de coins de rue, de bars et tripots où l’auteur s’attache aux basques d’une jeunesse noire encore insouciante, avide de fête et de musique qui finira par se heurter à la barrière des préjugés raciaux. Une thématique raciale centrale qui peine pourtant à imprégner pleinement le drame, à l’image de son final au développement abrupt gâchant un beau potentiel dramatique. Reste avant tout une peinture d’une époque et d’un milieu, d’une poignée de personnage qui au sortir de l’adolescence se confrontent au monde, aux responsabilités et au sexe opposé. Une vision qui manque quelque peu d’âme et de substance, alignant des épisodes souvent génériques autour de personnages attachants mais sans grande épaisseur, se perdant dans des épisodes sentimentaux un peu vains. On retiendra surtout quelques beaux moments pathétiques, froids et réalistes, ainsi qu’une évocation vibrante du jazz qui transpire, elle, la passion de son auteur.

Written by NR

novembre 9, 2011 at 12:39

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Le Festin Nu (William Burroughs, 1957)

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Œuvre emblématique d’une Beat Generation dans laquelle son auteur ne s’est jamais vraiment reconnu, L’objet Festin Nu est à rapprocher de ces frontières instables que traverse sans cesse son héros, aux confluents d’un exercice poétique exalté, d’une forme littéraire éclatée et d’une teneur autobiographie à peine voilée où Burroughs dévoile les flashs et digressions d’un corps rongé par la toxicomanie. Où le journal d’un camé se fond en une plongée dans un univers noir et mouvant, peuplé de souvenirs distordus, d’inspirations mortifères, et où l’on plonge, et rebondit, malmené, dans des zones géographiques improbables comme autant d’espaces mentaux reflets d’un esprit malade. Exploration tantôt délirante, paranoïaque ou lucide d’une chaire droguée, d’un environnement oppressant et d’un hypothétique havre de paix en point de mire. Un récit dur, bordélique aussi, où l’on navigue à vue dans les méandres d’un cerveau refermé sur lui-même, non sans délivrer de fulgurantes visions d’une poésie noire, brulante et vénéneuse.

Written by NR

novembre 8, 2011 at 5:32

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Portrait d’un jeune homme qui se noie (Charles Perry, 1962)

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La destinée d’un dealer dans le New-York des années soixante, où l’on suit l’ascension imperturbable d’un jeune homme tranquille que rien ne prédestinait à ce rôle. Plus qu’une description vivante du banditisme au quotidien, c’est surtout la fine peinture psychologique héros qui offre à l’œuvre un bel équilibre. Confrontant les lumières d’une vie de luxe avec les souvenirs d’une enfance déshéritée, et d’un noyau parental éclaté, l’auteur fait surgir le douloureux, le pathétique et le tragique d’une trajectoire d’un jeune homme qui voit une illusion se fissurer et le rappeler brutalement à la réalité. Une trame classique et réaliste d’une belle ampleur remplie d’humains finement croqués et d’une violence froide frappant sans prévenir.

Written by NR

novembre 8, 2011 at 4:53

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Là-bas (Joris-Karl Huysmans, 1891)

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« Ils feront, comme leurs pères, comme leurs mères ; ils s’empliront les tripes et ils se vidangeront l’âme par le bas-ventre ! » … ou comment une pique amère conclut la quête d’un homme mal dans son siècle. Si on se rappelle surtout de Là-bas pour son évocation du satanisme et de l’occultisme dans le Paris de la fin 19ème, on préférera y apprécier la belle mise en abime d’un Huysman se projetant dans les traits de Durtal, un écrivain sans grand relief vivant dans son monde. Le motif de l’enfermement, du refuge transparait tout du long du cheminement spirituel d’un homme s’attelant à écrire sur Gilles de Rais, personnalité importante de la guerre de Cent-ans ayant sombré dans la débauche et la démence. Il y a là le sondage attachant d’une âme s’oubliant dans une existence tranquille où se dévoile un Paris très personnel, fait de ruelles, de lieux secrets, de sorties nocturnes et de repas aux discussions passionnées avec ses quelques amis. Une tonalité intime parcourt tout l’ouvrage, partageant l’émerveillement de la découverte, la routine confortable de son quotidien, les émois procurés par une amante déstabilisante le plongeant dans une face sombre du monde qui le fascine. Une tonalité parfois très vindicative lorsqu’il fustige l’hypocrisie des salons littéraire parisiens, du courant naturaliste ou la décadence d’une époque avec laquelle il se sent profondément déphasé. Pour Huysmans qui se convertira bientôt au catholicisme, la religion apparait comme un refuge possible au monde (un de plus) et constitue le motif central, souvent débordant, dont l’enjeu des questionnements et manifestations semble perdu dans son époque. Un lourd parfum naphataliné qui, à l’image de nombreux épisodes historiques et théologiques pas toujours passionnants, étouffe un peu trop souvent une plume alerte et inspirée, apte à croquer avec talent, souvent avec ironie et lucidité, des tranches de vies plus ou moins ordinaires où l’écrivain fait de sa propre fragilité le vrai objet de sa démarche.

Written by NR

novembre 8, 2011 at 2:46

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King Suckerman (Georges Pelecanos, 1996)

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Natif de Washington DC, Georges Pelecanos a fait de sa ville la toile de fond d’un triptyque policier suivant les basques de Marcus Clay, grand noir vétéran du Vietnam, disquaire de son état et ami de Dimitri Karas, petit dealer grec. Pour ce premier volet paru en 96, il ancre l’action dans une recréation fantasmée des 70s à la mode blaxploitation, un univers autoreferentiel où se croisent mafieux, virées funky, petites pepées, fusillades explosives et blanche sniffée par kilo. La trame n’a ici qu’un rôle fonctionnel, l’écrivain se focalisant essentiellement sur les traits distinctifs d’une faune de gangsters cool et d’une jeunesse ivre de défonce. L’arrière-plan humain et social dépeint dans de rares épisodes laisse surtout place à un canevas de série-B quelconque revisitée à la mode nostalgique. Une tarantinade souffrant de mécaniques usées et d’une indigestion de clichés et références culturelles conférant à l’œuvre un cachet très superficiel, impression que ne fait que renforcer un prima sur des dialogues envahissants se distinguant surtout par leur platitude. Dans sa seconde partie, Pelecanos parvient enfin un peu à humaniser ses personnages colorés, leur donnant des plages lasses ou fragiles, et ancrer la confrontation à distance et l’emballement final dans la tension d’une ville en fête. Pour un roman ne dévoilant malheureusement jamais un regard personnel et se laissant porter sur les rails faciles d’une nostalgie sans grande saveur. Not so funky, dude.

Written by NR

novembre 6, 2011 at 8:40

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